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En cette fin d’année 2018, l’ensemble de la scène française de League of Legends a le visage braqué dans une seule direction : Riot Games et son annonce tant attendue sur les équipes retenues pour participer à la première saison de la LFL.

Chaque joueur, chaque coach, chaque manager, chaque dirigeant de structure se pose les mêmes questions.

A quoi peut-on s’attendre la saison prochaine ? Comment devrais-je préparer cette année 2019 ? Quelles sont mes chances d’y arriver ? De quelle manière cette ligue va impacter ma carrière ? Est-ce une bonne nouvelle pour l’esport national ?

Malgré une saison éprouvante durant l’Open Tour, il n’est pas question de se reposer. Il faut trouver des réponses !

A cette occasion, Chypriote et Perecastors, respectivement manager et coach de notre équipe League of Legends, ont tenté d’apporter leur point de vue sur différents sujets.

C’est l’occasion d’en apprendre plus sur leurs attentes personnelles envers la LFL et la dynamique de GameWard à préparer de la meilleure manière la saison prochaine !

Bonne lecture à tous.

Bonjour Perecastors et Chypriote ! Revenons rapidement sur votre parcours durant le LoL Open Tour 2018. Quel est votre ressenti global sur la compétition et quels souvenirs allez-vous garder ?

Perecastors : Ça fait un an que Chypriote et moi travaillons ensemble. Pour nous, l’Open Tour se divise en deux. Une période avec GameWard, et une période sans. Pour démarrer l’année, nous étions chez Manticore et avions préparé une line-up pour commencer l’Open Tour.

Ce fut une longue période de sélection où on a fait pas mal d’essais avec une vingtaine de joueurs pendant près d’un mois et demi, au moment des fêtes. Dès cette époque, notre objectif était d’atteindre le top 8 français avec une équipe motivée et prête à s’entraîner dur.

Le départ est houleux. Nous ne performons pas sur la Lyon esport, mais derrière, on réalise un top 5 sur la Gamers Assembly. C’est notre premier gros souvenir, car le travail commençait à payer.

Derrière, on a beaucoup de problèmes. Les joueurs se séparent, on doit quitter la structure, etc. On a essayé de recoller les morceaux, mais ça n’a pas pu aller bien loin. La saison avant la coupure d’été s’achève.

En tant que coach, je rebondis avec une nouvelle équipe, anciennement Hélios Gaming. Elle ne tient pas aussi, pour différentes raisons. À partir de ce moment-là, le groupe de joueurs avec qui j’étais décide de remonter un projet. Neylan part rencontrer GameWard pour en parler. Derrière, on recrée un écosystème avec joueurs et staff dans la structure pour terminer la saison.

L’objectif est identique. On veut performer et prouver que nous pouvons nous placer juste derrière le top 4 français. Durant l’été, on a eu pas mal de problèmes dans un temps limité, mais on réussit à recréer une bonne cohésion d’équipe. Avec très peu entraînements et un support différent à chaque LAN, on arrive à se positionner dans top 8 au classement général. On fait deux tops 5 et un top 7, ce qui est très satisfaisant.

Pour faire simple, c’est beaucoup de travail, mais de très beaux souvenirs.

Chypriote : Oui, je n’ai pas grand-chose à ajouter. J’ai le même ressenti. J’aimerais revenir sur l’Open Tour en lui-même, cela dit. J’en ressors un peu mitigé. Riot Games avait une certaine idée en utilisant les LAN de France pour faire sa compétition. C’était important, mais pour des équipes à la limite du top 8, comme Manticore à l’époque, c’était compliqué de pouvoir s’y investir.

Dès qu’on ne performe pas où qu’on rate un top 8, c’était beaucoup d’investissements en LAN pour trop peu. A partir du moment où tu rates un qualifier, les joueurs sont stressés de savoir si ils pourront s’y rendre ou pas. Avec les déplacements, c’est très dur économiquement. Pour une équipe hors du top 8, ce n’est pas un format qui permet d’évoluer dans les meilleures conditions.

Perecastors et ses joueurs de l'équipe GameWard

Construire une cohésion d’équipe est important pour gagner ses matchs sur le long terme.

La scène française de League of Legends semble très instable, notamment pour ces raisons. Avec l’annonce de la LFL par Riot Games, qu’est-ce que ça vous inspire en tant que coach et manager pour la suite ?

Perecastors : C’est une question à laquelle on peut répondre beaucoup de choses. Le problème évident, c’est la stabilité financière d’une équipe. Mais il y a aussi des éléments plus globaux comme le comportement des joueurs, leur assiduité, l’entente etc. C’est très difficile à gérer, notamment quand les circonstances ne sont pas en ta faveur.

La LFL va permettre d’évoluer dans un environnement stable. Le joueur, mais aussi le staff, sait que l’encadrement est renforcé. C’est loin d’être le cas dans la majorité des structures aujourd’hui. Pour les dirigeants, c’est un soulagement de savoir qu’ils ne risquent pas de perdre leur place si un des joueurs souhaite partir ou qu’il fait un scandale. Ce qu’on oublie souvent, c’est qu’un joueur, à lui seul, peut casser les ambitions d’une structure, et à n’importe quel niveau.

C’est une composante difficile à gérer. Les structures se reposaient sur les joueurs jusqu’à maintenant. Avec le système de ligue instauré par Riot Games, la tendance s’inverse. Ce sont les joueurs qui se reposent sur les structures. Il est là le grand changement de la LFL.

C’était le cas bien avant, avec les ligues internationales (LEC, LCS, LCK…), mais ça va faire du bien à la scène nationale. Les structures seront enfin maîtresses de leur destin.

Chypriote : Complètement d’accord ! C’est le moment de se stabiliser. Cela dit, ça ne se fera pas tout de suite. Entre l’annonce des équipes sélectionnées et le début de la compétition, il va y avoir peu de temps. On le voit, avec Manticore à l’époque, on a mis plus d’un mois et demi à construire une équipe qui nous semblait cohérente avec nos objectifs, et malgré la perte de la structure, les joueurs sont restés ensemble plusieurs mois.

C’est le résultat d’un travail préparatoire sur le choix des individus pour qu’ils se complètent bien en jeu, mais aussi dans la vie de tous les jours. Je pense que ça peut manquer au départ de la LFL où justement, il n’y aura pas beaucoup de temps pour la création du roster.

Cependant, sur le long terme, c’est tout l’effet inverse et on aura enfin des équipes qui s’entendent à merveille, qui fonctionnent, et qui, du coup, vont progresser et tirer le meilleur de chaque joueur.

Nous verrons bien. Mais j’ai un peu peur que la première saison rencontre quelques loupés sur le recrutement.

Perecastors : Le fait d’être dans une ligue officialisée par Riot, ça rassure le joueur et l’empêche d’être très rapidement attiré vers une autre structure également

On diminue la volatilité des joueurs.

Perecastors : Oui, sachant qu’avec la ligue, on est plus sur un contrat moral, mais un vrai contrat écrit avec des clauses à respecter, comme dans notre cas chez GameWard actuellement. Certains joueurs ne pourront plus faire leurs caprices pour x ou y raisons. C’est pareil pour la structure. Elle aura des devoirs à respecter. Ça marche dans les deux sens.

Les dirigeants de GameWard ont annoncé leur postulation pour une place en LFL. Comment on se prépare en tant que coach ou manager à une potentielle entrée en ligue ?

Chypriote : Depuis quelques mois, nous listons tous les joueurs qui pourraient être intéressants pour l’équipe et la ligue. On surveille ce qu’ils font et leur évolution pour travailler avec eux. On parle avec certains d’entre eux pour comprendre ce qu’il est possible de faire et s’ils sont disponibles. Bien évidemment, on discute également de leurs attentes.

Si notre dossier est accepté, ça nous permet d’avoir un choix de joueurs précis que l’on peut contacter pour démarrer les essais. C’est donc principalement du repérage pour le moment.

Perecastors : Je vois cette période de la même façon que tu te prépares à passer le Bac. Ce n’est pas un challenge que tu réussis en quelques semaines. C’est un peu la même chose ici. Cette année, on a travaillé pour instaurer des bases professionnelles aux joueurs. On expérimente certaines méthodes d’entrainement, on met en place des plannings, on jauge la proportion repos/entrainement, théorie, etc.

Entrer en LFL signifiera la confirmation de notre travail.

Dossier de candidature pour la LFL de GameWard

GameWard s’est positionné pour participer à la LFL.

Oui, c’est donc une continuité de ce que vous faites déjà.

Perecastors : Exactement. Le changement vient du fait qu’on enlève cette incertitude de ne pas savoir si l’équipe tiendra plus de quelques mois. Là, tu as une saison entière, avec des compétitions et ton seul objectif, c’est de tout donner pour gagner. Le cadre est réduit, mais la méthode reste identique.

Vous parlez avec les joueurs de la LFL ? Comment gèrent-ils le stress lié au mercato ?

Perecastors : C’est tout nouveau en France. Tout le monde se prépare de la même manière. Mais une fois le choix de Riot Games connu sur les équipes, seuls les joueurs resteront dans cette période de doute. En tant que structure, tu ne te poses plus la question. Mais aujourd’hui, tout le monde attend. Bien évidemment, ça provoque du stress, des inquiétudes et de la remise en question, mais on n’a pas le choix.

Chypriote : Les joueurs sont tout de même un peu moins dans l’attente que nous. Il existe d’autres ligues en Espagne ou en Angleterre où ça recrute déjà. L’objectif pour eux, c’est de terminer professionnel, donc on les aide. Dès qu’on nous approche pour des renseignements, on essaie de placer nos joueurs.

D’ailleurs, tous les joueurs de la scène passent beaucoup de temps à contacter les autres structures et faire des essais pour se placer quelque part. C’est une attente différente de leur part. Ils sont déjà dans l’ambiance de présaison et de préparation.

Perecastors : La France était un pays à part dans son format avec l’Open Tour. Avec la LFL, il y a une uniformisation du système de ligue. Maintenant, les joueurs peuvent plus facilement s’exporter et ne seront pas forcément perdus. D’autant plus que certains pouvaient préférer le système de ligue ou l’Open Tour.

Justement, rentrons plus en détail sur cette LFL. Quelles sont vos attentes ? On sait que le modèle mis en place par Riot Games est éprouvé, notamment dans les formats, la production, l’organisation d’évènements, l’accompagnement des structures, l’audiovisuel, etc.

Chypriote : J’attends beaucoup de storytelling autour du tournoi en lui-même. Un peu comme les storylines de la LEC ou des LCS. Telle équipe est invaincue depuis 3 semaines, peut-elle gagner le prochain match ? Ou alors, supporter le petit poucet etc. Ça va permettre aux gens d’avoir une équipe à soutenir et de créer de l’attachement. Ça pourrait être bien, mais la crainte que j’aie, c’est que ça fasse un peu comme le Challenge France qu’on avait en 2016.

La communication était assez limitée. Les gens dans la scène étaient au courant de ce qu’il se passait vraiment, mais à part ça, il y avait très peu de soutien. Par exemple, le site LoL FR mettait les résultats très longtemps après la fin des matchs. Il n’y avait pas non plus de statistiques et beaucoup d’autres choses manquaient. Elle est là ma crainte.

Si j’avais un autre souhait, c’est qu’il y ait des étapes jouées en offline, ce qui permettrait aux fans d’aller encourager les équipes physiquement.

Via des LAN ou des événements complètement externes ?

Chypriote : Non, pas forcément en LAN, mais ce format est vraiment bien. Je peux reprendre l’exemple du Challenge France. La finale en 2016 s’est jouée en amont de la Lyon esport. L’ambiance était vraiment sympa. En réalité, que ce soit couplé à une LAN ou pas, les deux peuvent être très bien.

Public de la Lyon esport

Vers une meilleure interaction des fans avec la scène française de League of Legends ? Crédits : Millenium.

Perecastors : De la part de Riot Games, j’aimerais vraiment qu’ils introduisent plus d’interactions entre les joueurs et le public, comme des questions-réponses en après-match ou sous d’autres formes, mais pas en différé. Dans tous les cas, il faut améliorer le storytelling autour des joueurs, mais c’est peut-être davantage à la charge des structures.

Je pense que ça peut venir des deux côtés, Riot comme les structures. Ils pourraient tenter des interviews d’après-match comme ils le font pour la LEC ou les LCS en prenant les vainqueurs de chaque rencontre et guider la storyline avec leurs questions.

Perecastors : Oui, par exemple.

Chypriote : Pour la ligue espagnole (LVP), à la fin des parties, ils faisaient un appel Skype avec certains joueurs pour debrief sur leur ressenti des parties qu’ils venaient de jouer. C’est intéressant comme idée.

Pour conclure cette interview, quel format attendez-vous pour la LFL ?

Perecastors : Bonne question ! Pour moi, le BO3 serait le minimum. League of Legends est un jeu de stratégie. Par définition, tu essaies de faire reculer le facteur chance, donc tu ne peux pas te contenter d’un seul round. Plus tu peux jouer de parties, moins la chance intervient.

En tant que coach et compétiteur, je ne veux pas me dire que mon résultat était chanceux, que ce soit dans la victoire comme dans la défaite. Cette saison, on a battu Gamers Origin une fois. C’était un aléa de la saison, mais est-ce qu’on a réussi plusieurs fois derrière pour confirmer ? Non.

Il y a une autre raison à mon choix. Sur LoL, il y a un problème persistant, du moins sur la scène compétitive française. On a très peu l’occasion de se confronter aux grosses équipes.

Un bon joueur peut s’adapter, et il le doit ! Le fait de jouer en BO3 contre de meilleurs joueurs, ça le soulage. Il n’a pas qu’une seule chance de montrer son talent. S’il perd la première partie, il peut rectifier immédiatement sa manière de jouer pour tenter de gagner la seconde et resserrer le match.

Sur un BO1, une fois que la partie est terminée, à+ au revoir. À part regarder tes replays, tu ne peux pas te réadapter. Tu crées une frustration chez le joueur qui va peut-être inhiber sa progression.

Après, on peut parler de BO5 ou BO7, mais évidemment, c’est trop long. Il faut garder ce côté spectacle que les fans peuvent apprécier. Un BO1 reste trop court, mais le BO3 permet, à mon sens, de maintenir une certaine tension autour d’un match et de créer une meilleure histoire derrière.

D’ailleurs, plus l’histoire est forte entre deux équipes, moins le BO1 est intéressant. Si tu veux créer une ligue avec un fort storytelling, le BO3 est la meilleure solution.

Chypriote : Personnellement, j’opterais pour le BO2. C’est un format qui évite la longueur potentielle d’un BO3 où on peut partir sur 3h de jeu. C’est aussi la chance pour une plus petite équipe de marquer des points en cas de victoire contre un Gamers Origin par exemple.

Dans le même temps, ça évite également de se faire surprendre et de pouvoir se rattraper. Le problème d’une ligue à BO3, c’est qu’une équipe qui gagne 2-0 ou 2-1, elle gagne le même nombre de points. C’est pareil pour le perdant, même s’ils prennent une partie, ils ne gagnent aucun point.

Le BO2 permet de donner le même nombre de points en cas de match nul. C’est un format qui s’intègre bien dans une ligue et offre un bon compromis.

Perecastors : Oui, c’est vrai. D’autant plus que la carte du jeu n’est pas parfaitement symétrique. Il y a un côté avantageux selon les compositions. En BO2, on pourrait éviter ça et se défendre de chaque côté de la carte. C’est plus correct.

Je vous remercie messieurs.

L’interview touche à sa fin. À travers leurs mots, Chypriote et Perecastors ont soulevé des points très intéressants.

Le premier concerne l’instabilité des équipes à pouvoir construire un projet sur le long terme sans craindre de perdre leurs joueurs à tout moment sans raison apparente. Sans oublier l’aspect financier, rouage indispensable pour réussir à se maintenir au plus haut niveau.

La LFL apporte des solutions pour répondre à ces alertes. Elle va permettre également d’inverser le rapport entre la structure et les joueurs, comme le souligne très justement Perecastors. Joueurs et dirigeants seront mieux encadrés et pourront avancer ensemble dans un environnement plus sécuritaire.

Les attentes sont fortes de la part des structures et des joueurs. Nul doute que Riot Games saura faire de bons choix. Mais comme le rappelle Chypriote, il faut laisser le temps au temps et ne pas espérer un sans-faute dès le départ de la compétition, notamment pour construire des équipes solides à tous les niveaux, en jeu ou en dehors.

On espère que cette interview vous a plu !

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Alexandre ‘Zallak’ Hellin